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Une belle leçon d'histoire et de cinéma - Lycée Marey Beaune

Une belle leçon d’histoire et de cinéma

vendredi 16 octobre 2015
par M. VERNEY, Mme CUREL

En mai, fais ce qu’il te plaît, un curieux titre de film qui n’a à présent plus de secrets pour trente élèves volontaires d’Histoire des Arts, de 1L et TL du lycée Marey, amateurs d’histoire et de cinéma. Invités par M. Conte, directeur du CapCinéma de Beaune, grâce à l’intermédiare de Mme Discours, ils ont pu assister à une avant-première, en présence du réalisateur, le mercredi 7 octobre en début d’après-midi.

Christian Carion, connu en particulier pour Joyeux Noël, s’est à nouveau intéressé à la guerre à travers une mémoire oubliée, ici l’exode des civils en mai 1940 suite à l’offensive allemande sur la France, ce que l’historien Jean-Pierre Azéma nomme "la grande peur". Huit millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont partis sur les routes, quelques-uns en automobile, d’autres à vélo, mais le plus souvent à pied, ou dans des remorques tirées par des chevaux, laissant derrière eux tout ce qu’ils ne pouvaient emporter. Cet événement historique, lié à la défaite de 1940 que la France a longtemps occultée, a été peu traité y compris par le cinéma, mais est entré dans la mémoire familiale, dont celle du réalisateur. L’exode est ici relaté à travers la trajectoire d’une petite communauté villagoise du Pas-de-Calais, département d’origine, cher au cinéaste. D’autres thèmes sont habilement évoqués : l’importance de l’école et de la mairie dans la France de la IIIe République, les traces encore visibles et sensibles de la Grande Guerre, la place des femmes dans la société alors qu’elles n’ont pas encore le droit de vote, la débâcle militaire, le délitement des institutions politiques et même le cinéma de propagande nazi. PNG - 147.4 ko
Les élèves ont été véritablement émus par cette oeuvre réaliste et humaniste, sans être misérabiliste ni larmoyante. Ce n’est pas un film de guerre traditionnel avec une vision manichéennee, mais c’est une aventure filmée à hauteur d’homme et s’inscrivant dans un paysage rural lumineux. En faisant le choix d’avoir de nombreux personnages principaux, cela ne donne pas une impression d’héroïsation ; hommes, femmes et enfants sont des héros ordinaires, avec leurs forces et leurs faiblesses, comme cette jeune institutrice boulversée qui oblige ses élèves à se concentrer sur la récitation d’un poême pour éviter qu’ils ne voient les conséquences mortelles d’un bombardement aérien. Le cinéaste a également eu l’intelligence de ne pas faire un film franco-français : la guerre est subie par tous, quelque soit sa nationalité, française, belge, écossaise et même allemande.

Finalement, l’exode touche tous les spectateurs car c’est un sujet universel et intemporel qui résonne de façon particulière dans le contexte actuel ; le réalisateur n’en avait pas conscience quand il a commencé à travailler sur ce projet, il y a trois ans déjà. C’est une des questions qui lui a été posée après la séance. Christian Carion proche de son public a évoqué avec passion son travail en amont, l’urgent recueil de témoignages amenés à disparaître ; ses sources d’inspiration, en particulier sa mère qui lui a raconté l’exode comme le parcours initiatique d’une jeune fille lors de ce chaud mois de mai, ce qui lui a donné l’idée du titre ou son père devenu "anglophile" après avoir compté les bombarbiers britanniques se dirigeant vers l’Allemagne, à l’aller puis au retour et disant "Ils sont morts pour nous" ; ses secrets de tournage comme cette séquence impressionnante avec des dizaines de chars, alors que l’équipe n’en disposait que de quatre ou le caméraman déguisé en figurant filmant à son insu cette chaîne humaine de 300 mètres et repérant un personnage inattendu, une oie ; le choix de ses acteurs basé sur leur talent, mais aussi son envie de passer plusieurs mois avec eux ; la petite fille blonde à la natte qui est peut-être une réincarnation inconsciente de Brigitte Fossey dans Jeux interdits ...

Une heure qui a passé trop vite et qui s’est terminée par un dernier petit cadeau, le visionnage de quelques minutes du grand Ennio Morricone au piano composant les premières notes de la musique du film.

Mais c’est certainement la première leçon de cinéma que nous a délivrée Christian Carion qu’il faut retenir : la magie du cinéma n’opère que dans les salles obscures car c’est une expérience qui se vit collectivement. Alors, allez voir des films sur grand écran et pourquoi pas En mai, fais ce qu’il te plaît qui sort le 4 novembre.


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